Three Cheers for the Whale

Over the next two decades, Chris and I spoke on the phone periodically and I attended several of his rare public presentations. In 2007, Jon Miller, president of our mutual distributor Icarus Films, contacted me to see if I would be willing to assist Chris in the making of a new English version of his 1972 film “Vive la Baleine”, a passionate, collage-based essay film on the plight of the whales. Of course, I was honored and immediately said yes. For one whole year, Chris and I corresponded weekly as we re-wrote and updated the narration and I searched for a male and a female voice-over actor to read the two parts. He renamed the new 2007 version of his film “Three Cheers for the Whale”. It is distributed with other “bestiary” films he has made including “The Case of the Grinning Cat”.
Lynne Sachs, LynneSachs.com

With Lynne Sachs’ moving post on meeting Marker in Berkeley and San Francisco, starting a correspondence with Marker and eventually working with him on an English version of Vive la baleine, I felt I would be remiss to not fill in this blank on the site. The topic is as important as ever, Marker’s heart in the right place as ever, his use of images of the past a propos as ever. What more can we say? The post also gives a sense of the scale and relentlessness of the work this one person undertook to make films in the mode of the caméra-stylo (without assistants). So busy but never too busy to make a new friend, and to put that friend eventually to work. He didn’t forget, he had her filed in his library of babel for contact when the moment was right. There is much to admire here.

Unfortunately, I can’t find an online copy of the English remake Three Cheers for the Whale. It seems to have been up on YouTube and then taken down again. Let us know in the comments if you find a version that can be embedded here. I will also work to translate the essay in French by François Giraud into English and add it to this post.

A comment on the IMDB entry for Vive la baleine:

Chris Marker’s usual mix of “borrowed” pieces of different film textures (film, video, animation, photographs, paintings) serves as a poetic, passionate and very sound warning against the widespread, business-like, matter-of-fact killing of whales around the world. If today its message may sound obvious to most of us — almost everybody is aware of the danger of whale extinction, though of course there are still killings out there — it can still be enlightening as to the appalling methods of whale-hunting worldwide through the ages, as well as the very special place that this big cetacean has occupied in human mythology, history, economics and art, the “challenge” of little men killing the biggest animals on the planet, and making the mo$t of it.

The quality of the images vary tremendously, and for sure there are scenes that will make you cringe with horror (not unlike Geroges Franju’s 1949 one-day-in-a-slaughterhouse “Le Sang des Bêtes”). Marker’s incomparable talent for weaving his commentary with creative insight, historical research, wit, irony and common sense elevates this short film above the routine ecological documentary.www.imdb.com

More material on Vive la baleine:
Par François Giraud – le 11 février 2014

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Au cours de sa longue carrière, et surtout dans sa période militante, Chris Marker a souvent collaboré avec d’autres cinéastes. Cette pratique participe à l’éclectisme et à la complexité de son œuvre pléthorique. Avec Mario Ruspoli, documentariste d’origine italienne mais parlant couramment le français, Chris Marker a fait deux films, sur un thème commun, à seize ans d’intervalle : Les Hommes de la baleine en 1956 et Vive la baleine en 1972. Pour être tout à fait juste, Les Hommes de la baleine est entièrement réalisé par Ruspoli, tandis que Vive la baleine est le fruit d’une co-réalisation entre les deux hommes. Pour autant, Chris Marker a signé le commentaire, sous le pseudonyme de Jacopo Berenizi, du court-métrage de 1956, jouant ainsi un rôle déterminant dans la réussite artistique de ce film.

Tourné aux Acores, Les Hommes de la baleine commence par le dépeçage d’un géant des mers. Cette séquence forte est accompagnée d’un commentaire qui dénonce le massacre des baleines à des fins purement industrielles. Pour autant, Mario Ruspoli cherche surtout à montrer comment les populations pauvres de ces îles continuent de pratiquer avec authenticité la chasse au cachalot et risquent leur vie pour subvenir à leurs besoins. A la manière d’un documentariste ethnographique, le cinéaste s’intéresse aux techniques traditionnelles de la chasse au harpon et aux conditions de vie rustiques de ces pêcheurs.

En 1972, le ton a changé, le style également. Ce qui a motivé la réalisation de cette “suite” est la décision, en 1972, de la Commission baleinière internationale d’arrêter la chasse pendant dix ans. Comme le précise le commentaire de Chris Marker, cette réglementation est ignorée par le Japon et l’U.R.S.S., deux pays qui pratiquent la chasse à la baleine de manière industrielle, sans se préoccuper de la survie de l’espèce. Vive la baleine s’ouvre ainsi sur ce cri du cœur : « Car vous vous éteignez, baleines ! Comme de grosses lampes. Et si vous n’êtes plus là pour nous éclairer, vous et les autres bêtes, croyez-vous que nous y verrons dans le noir ? » La voix-off condamne le passage d’une lutte naturelle entre l’homme et la baleine à une lutte d’ordre exclusivement industriel qui ruine l’équilibre de la planète. Le court métrage abonde en références littéraires – Moby Dick bien sûr -, et en références picturales.

A l’inverse des Hommes de la baleine, cette suite est presque intégralement illustrée par un corpus d’œuvres d’art, dans son ensemble très varié, qui témoigne de l’évolution et de l’internationalisation de la chasse à la baleine à travers l’Histoire. Ces œuvres, japonaises, européennes ou américaines offrent une représentation esthétique du génie de l’homme qui a su redoubler d’ingéniosité technique pour mettre à mort ces gigantesques mammifères marins. La chasse à la baleine accède ainsi à un niveau symbolique et révèle la volonté de puissance de l’homme. Conquête du monde, impérialisme, colonialisme : la baleine devient l’allégorie de la folie des grandeurs de l’Humanité. Très acide, le texte de Chris Marker, non sans une pointe d’amertume, n’épargne rien, même pas le cinéma : « Vous êtiez une nourriture. Vous êtes devenues une industrie. Comme le cinéma ! Et à vous non plus, ça n’a pas réussi. » Ce genre de pique prouve bien que le discours de Marker va bien au-delà de la chasse à la baleine. Il s’attaque au cynisme des puissants qui n’hésitent pas à sacrifier l’équilibre de la nature à des fins économiques, il pointe du doigt un monde qui s’industrialise au point d’en perdre la raison, il s’attaque à l’embourgeoisement de l’art, lorsque celui ne sert qu’à flatter l’orgueil des hommes : « Pour les Hollandais, vous n’étiez qu’une ressource. Mais plus encore : une gloire. Savez-vous que les riches amateurs emmenaient sur leurs bateaux des peintres pour prendre sur le vif des scènes de chasse, qui plus tard, orneraient leur salon ? »

Le commentaire, qui multiplie les jeux de mots et les piques humoristiques, n’est pas sans évoquer la cinécriture d’Agnès Varda qui se plait elle aussi à écrire des textes rythmés, aux références abondantes et aux sonorités très marquées pour illustrer ses documentaires. Le texte est riche, peut-être trop, et s’égare parfois dans un humour sardonique qui aujourd’hui paraît quelque peu démodé.

En revanche, la conclusion implacable et très markerienne conserve tout son impact : « Pendant des siècles , les hommes et les baleines ont appartenu à deux camps ennemis qui s’affrontaient sur un terrain neutre : la Nature. Aujourd’hui, la Nature n’est plus neutre. La frontière s’est déplacée. L’affrontement se fait entre ceux qui se défendent, en défendant la Nature, et ceux qui la détruisant, se détruisent. Cette fois, les hommes et les baleines sont dans le même camp. Et chaque baleine qui meurt nous lègue comme une prophétie l’image de notre propre mort. » Ce basculement est illustré, non plus par des œuvres du passé, ni même par des extraits des Hommes de la baleine, mais par des images documentaires crues qui exposent toute la cruauté et la barbarie de la chasse au lance-harpon : l’océan se transforme en un écœurant flot de sang, la baleine paraît d’une vulnérabilité déconcertante à côté des immenses navires japonais. Le court métrage se clôt sur la représentation d’une déshumanisation désespérante.

Comme toujours dans les films de Chris Marker, le montage et l’association du texte et de l’image sont d’une grande efficacité. Même si Mario Ruspoli est crédité à la réalisation et à l’image, Vive la baleine porte surtout l’empreinte du savoir-faire de Chris Marker. Mieux que quiconque, il sait dramatiser les images fixes et leur donner du mouvement. De même, son texte demeure une composante essentielle de ce court métrage. Il est difficile d’évaluer l’impact qu’a eu Mario Ruspoli sur ce court métrage. Son style, influencé par l’ethnographisme, ressortait de manière bien plus évidente dans le court métrage de 1956. Vive la baleine ne se caractérise pas par une démarche anthropologique. L’homme est toujours montré à distance, il n’a pas droit à la parole. C’est la baleine qui est l’héroïne de cette histoire tragique, même si en filigrane se dessine une évolution des techniques et des rapports de l’homme avec la nature. Vive la baleine est un documentaire politique et militant qui cherche à dénoncer. Et il le fait de manière convaincante.
Par François Giraud – le 11 février 2014

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