Lucien Bookmite Records Second Life Interactions with Sergei Murasaki

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< 05’12’13 >
L’Ouvroir, souvenirs d’une maison flottante, repères 182-69-39
Lucien Bookmite a croisé la route de Sergei Murasaki, l’avatar de Chris Marker sur Second Life dès 2008.

C’est à cette époque que le Museum fur Gestaltung Zürich, qui consacrait une exposition au cinéaste documentariste, lui avait proposé d’investir ce monde 3D multi-utilisateurs. Chris Marker avait imaginé l’“Ouvroir”, musée virtuel et repaire de la communauté markérienne.

Ce 7 décembre, dans le cadre de “Planète Marker”, immense et salutaire rétrospective au centre Pompidou,, deux mondes virtuels estampillés Chris Marker se rencontrent, “l’ancien”, celui de “Dialector”, agent conversationnel écrit en Basic par Chris Marker à l’aube de l’informatique personnelle, et le nouveau, “l’Ouvroir” (avec Agnès de Cayeux, Annick Rivoire, André Lozano, qui ont reloadé “Dialector”, et Max Moswitzer, l’architecte des mondes virtuels qui a conçu l’“Ouvoir”).

Poptronics a proposé à Lucien, “slifer” (résident de Second Life), de raconter sa tranche d’“immémoire” markérienne.

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Mai 2008. Chris Marker inaugure l’Ouvroir, son cyber-musée, sur la plateforme virtuelle de Second Life. Avatar nouveau né, je visite à pas hésitants cette île sans ombre ni climat.

J’avance vers un édifice, composé de quadrilatères et de cercles concentriques, qui se forme au fur et à mesure. Non pas de plus en plus précisément mais par blocs successifs, comme si j’assistais aux différentes étapes de sa construction.

Un chat orange lève les yeux vers la direction à suivre et je gravis, palier par palier, une rampe d’accès en forme de sourire félin qui me conduit jusqu’à l’immense sphère rouge en suspension. Le musée de l’île abrite, sur trois niveaux et dans une fausse obscurité, photos de voyage, portraits d’amis, collages d’animachines et poèmes virtuels où des poissons japonais nagent dans une lumière électrique. Pas de doute : ici, les images ont pris possession des lieux.

Fin du périple sur un banc de sable. D’autres naufragés volontaires y laissent divers objets – avant de rejoindre la vie réelle en s’évaporant comme des bulles de savon.

***

Je reste sur cette terra incognita, piqué par la curiosité. Les images se donnent pour ce qu’elles sont. A nous d’en jouer, de les manipuler, de les tordre. Avec les outils de Second Life, je fabrique un objet en trois dimensions. Une statue africaine. Une simple statue à tête de chat, en “bois”, qui apparaît comme par magie entre mes doigts d’avatar prestidigitateur. Histoire de laisser une trace. Après tout, le lieu s’appelle Ouvroir. Je prends ça au pied de la lettre. Et je découvre alors des possibilités insoupçonnées en ajustant des formes diverses, puis en leur administrant une texture piochée dans mon inventaire pour leur accorder plus de vraisemblance.

Un texte apparaît soudain en bas de l’écran (les avatars ne parlent pas, ils tchatent). Je me retourne : c’est Sergei Murasaki, alias Chris Marker, qui me demande si c’est moi qui abat tout ce bois. Je lui répond sobrement, et non sans ironie, qu’ici les ressources paraissent inépuisables.

S’engage alors une conversation vite parasitée par Eliza, une chatbot psychanalyste, jusque-là silencieuse, et qui nous propose d’élucider nos pensées en nous mitraillant de questions, au point de faire perdre à Sergei son sang froid. “Shut up, Eliza !” clame-t-il. Sergei me confie qu’il s’agit là d’une version “complètement nulle” de cet agent conversationnel.

[11:27] Lucien Bookmite : Je préfère le bruit du vent.
[11:27] Sergei Murasaki : Et le chant de la baleine.
[11:28] Lucien Bookmite : Un sonar sous-marin serait pas mal non plus.
[11:28] Sergei Murasaki : Ce ne sont pas les idées qui manquent. Le temps, c’est autre chose.

Sergei tourne autour d’Eliza qui poursuit sa séance de psy.

[11:29] Sergei Murasaki : Mais d’où est-ce qu’elle émet, cette idiote ?

Il clique à nouveau sur le profil d’Eliza et cherche son propriétaire.

[11:31] Sergei Murasaki : Ah, c’est Jel Olaria… Je vais la prévenir.

Puis il prend son envol et disparaît à l’horizon. Je reste seul avec Eliza qui retourne à son silence. Je ne tarde pas à revoir Sergei qui remarque très vite mes premiers assemblages de bidons et de planches au pied de ma statue sur le rivage. Je lui demande malicieusement des renseignements sur le propriétaire de l’île.

[6:50] Sergei Murasaki : A vrai dire, je ne sais pas qui est le propriétaire. Le chat Guillaume considère que c’est à lui, comme tout. Il adore qu’on parle de lui. C’est le chat le plus arriviste de la planète.
[6:51] Lucien Bookmite : D’après les fiches identitaires, c’est plutôt MosMax Hax.
[6:51] Sergei Murasaki : Tais-toi Guillaume… Si c’est Max, ce serait sympa de lui demander son avis (en anglais ou en allemand). En passant : c’est un génie.

Je lui montre mon effigie du chat Guillaume sur mon T-shirt.

[6:58] Sergei Murasaki : Qu’est-ce que je vous disais ? Il se faufile partout.

***

Une autre fois, Sergei me suit sur le chantier de la maison flottante, au large de l’île principale. Je me tiens en équilibre sur la jetée tout en poursuivant la discussion et, confondant les touches du clavier entre le tchat et le déplacement de mon avatar, je tombe à l’eau. Je reviens péniblement à la surface en prenant mon envol pour échanger alors un dialogue des plus surréalistes.

[5:16] Lucien Bookmite : Je ne sais pas si vous m’avez entendu.
[5:16] Sergei Murasaki : Non, vous avez disparu sous le niveau de la mer.
[5:16] Lucien Bookmite : Difficile de rester en suspension.
[5:17] Sergei Murasaki : Ça dépend des ordinateurs. Quand on a les flèches haut et bas indépendamment du clavier alphabétique, c’est plus facile.

Un court instant, je me demande si nous ne sommes pas là justement pour échanger ce genre de répliques le plus naturellement du monde, sans avoir pour autant l’impression d’être ivre ou dément.

La Maison flottante au large de l’Ouvroir. © DR

Sergei a déjà pris des clichés du chantier avec la statue de chat africain.

[5:20] Lucien Bookmite : Vous êtes un rapide !
[5:20] Sergei Murasaki : C’est grâce à ça que j’ai survécu.

La statue de chat lui évoque le Max Ernst du Forum des Halles (“Le Grand Assistant”). Il m’envoie l’hymne aux chats de Prévert : “Ils ont insulté les vaches. Ils ont insulté les gorilles, les poulets. Ils ont insulté les veaux. Ils ont insulté les oies, les serins, les cochons, les maquereaux, les chameaux. Ils ont insulté les chiens. Les chats, ils n’ont pas osé.” Je cite Cocteau qui disait n’avoir jamais vu de chats policiers. Sergei conclue avec Malraux racontant comment l’armée anglaise avait remporté la bataille d’Azincourt grâce à leur capitainerie de chats contre l’armée française qui en était dépourvue et qui découvrit au matin, juste avant le combat, leurs archers rongés par les rats durant la nuit. Azincourt ne m’évoquant rien, Sergei me suggère de voir le Henry V de Laurence Olivier. Mais nous renchérissons encore une fois sur les chats autour d’un dessin du Krazy Kat, comics surréaliste de George Herriman, qui traîne parmi les planches (sorte de réponse à son “Leila Attacks” projeté dans le musée). Il me dit que la seule chose précieuse qu’il ait chez lui est un original d’Herriman. Cadeau de Coppola, fan de comics underground.

Puis il reste immobile devant moi, sans un mot. Absent. Il est sans doute rappelé à sa vie réelle. Ou bien cherche-t-il à contacter Max. Je retourne à ma construction. Sergei se retire à son tour et s’éclipse de mon écran radar.

***

Les lions autrichiens, ça existe : MosMax Hax en est la preuve vivante. L’avatar de Max Moswitzer, l’ingénieur de l’Ouvroir, a des pattes griffues et le pelage argenté. Il enseigne à l’Académie Synthétique, l’île industrielle située à proximité (accessoirement, à l’école des Beaux-Arts de Vienne). Il m’offre généreusement la possibilité de construire un îlot et, lorsqu’il ne se transforme pas en chenille, m’enseigne quelques notions de constructeur en sortant des objets de ses manches.

En quelques séances, je termine la maison flottante, surmontée d’une bulle studio montgolfière. Un havre de paix pour chat Sofa et chouette Harfang. L’image de Guillaume s’étend sur un drapeau géant. La bulle studio sert d’accueil pour des amis de Sergei qui mentionne sa localisation avec exactitude – repères 182-69-39, s’il vous plaît. Aussi fantastique soit-elle, cette zone est bien réelle.

Tout comme les indigènes aux noms étranges que je croise ici et là : Jel, Zino, Hardware, Alpha, Eupalinos, Vivre Mai… L’archipel se peuple de gens qui dansent ou se promènent comme des estivants installés depuis longtemps dans une station balnéaire. Ils apparaissent et disparaissent. Leur présence lointaine est aussi éphémère et incertaine qu’un mirage, même s’il ne s’agit pas de simples images programmées.

Ainsi en est-il de Brazil Epsilon, l’androgyne, qui cultive le flou artistique. “Maybe” est d’ailleurs sa réponse favorite. Et ce n’est pas le reflet de ses pensées, sur son écran portatif totalement brouillé, qui apporte une réponse. Il tchate avec plusieurs personnes à la fois mais il m’assure qu’il est plus à l’aise avec les machines que les gens. Son air paisible contraste avec sa tenue martiale. Le harpon vissé derrière son casque – signe de paranoïa aigüe ? – m’empêche de voir en lui un amuseur public.

Il y a aussi la guide amnésique, dans le cybermusée. Après avoir ri avec moi une première fois, elle ne me reconnaîtra jamais plus ensuite. Elle semble s’être déplacée sur un autre point du temps. Je fais appel à sa mémoire, en vain. Je finis par avoir un doute sur son identité. L’année dernière à Ouvroirbad…

Plus tard, j’apprendrai qu’à travers elle, je discutais en fait chaque jour avec un visiteur différent du musée d’art contemporain de Zurich – où une borne présentait l’Ouvroir.

On pourrait croire que tous ces résidents aiment perdre leur temps. Mais ici, le temps n’existe plus. Il est midi pour les uns, minuit pour les autres. Dormeurs éveillés, les rêves s’échappent d’eux-mêmes. Un magma de pixels où ils s’abandonnent. A la fois présents et absents. Suspendus dans cet hologramme aux images artificielles, ces moments futiles laisseront pourtant des souvenirs impérissables.

***

Sergei prend des photos. “La beauté de l’inachevé” selon lui. Car sur cet archipel, tout est d’apparence fragile. Tout bouge. Un visage apparaît, disparaît. Une trace se retrouve, se perd. Là aussi, un rêve où nous cherchons une présence qui se dérobe. Un rêve collectif dont l’Ouvroir serait la projection. Et plus nous observons ce monde qui nous échappe, plus nous avons l’impression d’être observé par lui.

Parfois, tandis que mon avatar reste assis au bout de la jetée à contempler une lumière déclinante (et que je contemple moi-même, derrière mon écran, la quiétude apaisante de cet avatar en train de contempler), Sergei passe en coup de vent, à une heure avancée de la nuit (la vraie nuit, celle qui alourdit nos paupières et nous somme de nous déconnecter). Nous parlons de “L’Invention de Morel”, de cette île imaginaire peuplée d’images vivantes, reflets d’un passé révolu, et produites par une machine fantastique. Tout comme la maison flottante qui devient un sujet de plaisanteries : elle est celle d’“Oncle Yanco” à Sausalito, filmée par Agnès Varda, ou celle des bords de Seine, à Joinville-le-Pont, dans “Casque d’or” avec Simone Signoret. D’une image naissent plusieurs souvenirs. Nous plaisantons aussi sur les avatars fantômes, prêts à débarquer dans ces décors au passé évocateur, mais Sergei feint de reprendre son sérieux.

[12:02] Sergei Murasaki : Faut pas rire des fantômes magyars. Dracula n’est jamais loin.
[12:02] Lucien Bookmite : Il fait jour en permanence sur cet îlot, il n’y a rien à craindre des fantômes nocturnes.
[12:03] Sergei Murasaki : Ici, les lois du monde extérieur ne s’appliquent pas. Je ne prendrais pas de risques.
[12:03] Lucien Bookmite : Pour les vampires cela reste à vérifier.
[12:03] Sergei Murasaki : Avec les vampires, quand on vérifie, c’est trop tard.

Mais les vampires sont aussi une promesse d’immortalité, à leur manière, certes un peu brutale. Sergei n’y est sans doute pas insensible, lui qui ne s’éteint, ne se déconnecte, ni ne s’évapore jamais sous les yeux de son interlocuteur, et préfère toujours s’éloigner après chaque discussion.

***

L’Ouvroir n’est pas un lieu hermétique, fermé sur lui-même. Les évènements extérieurs du monde tangible nous y rattrapent. Cette année 2008, quelque part en Eurasie, dans le Caucase, éclate une guerre éclair entre la Géorgie et la Russie en toute complicité avec les forces indépendantistes d’Ossétie du Sud (responsabilité attribuée à la Géorgie mais planifiée en fait par la Russie, de l’aveu même de Vladimir Poutine). Aussitôt je plante un missile sur la maison flottante et fais jaillir des flammes au pied des bouleaux qui bordent la jetée.

Sur Second Life, Sergei n’oublie jamais la vie réelle. Contrairement à d’autres avatars, il y fait référence en permanence, comme si la frontière entre les deux mondes n’existait pas. “Il aime les mondes étendus” me confiera Max.

A propos des villes d’Europe centrale :

[14:43] Sergei Murasaki : On devrait rapporter des Mozartkugeln à Sarkozy : il est fou de chocolat. C’est même incroyable : il voit le chocolat, il voit la caméra, il sait qu’on va se moquer de lui, et il ne peut PAS résister.

***

D’autres résidents contribuent à édifier une Babel hétéroclite, forcément inachevée. Je vois apparaître un bar japonais, un cinéma sous chapiteau, une baleine aimante, des livres de voyage, un litre de vodka, un biplan suspendu, les images d’un “Silent Movie”… Toute une mémoire comme une géographie. Au visiteur de tracer son chemin dans cet inventaire improbable qui s’étend sur la baie de l’Ouvroir, une baie qui fait écho à celle d’Emeryville où Chris Marker filma son “Junkopia”, là où des artistes non identifiés laissaient des signes fabriqués avec ce que la mer abandonnait.

Un peu comme le White Noise de Max, sculpture cubique utilisant les détritus de Second Life. Une mixture d’objets abandonnés, assemblés puis blanchis pour former un éblouissant palais de glace aux milles détails.

De cet étrange musée à ciel ouvert, je me souviens surtout de son gardien à tête d’éléphant, assis sur une chaise. Un avatar programmé avec lequel on dialoguait sans fin. Il ne reste aujourd’hui que sa chaise vide et le souvenir flou de ces discussions, enregistrées peut-être quelque part, dans les réserves de Second Life. Autant de promesses d’éternité. Autant de mémoires qui traduisent tout le désir du monde. Autant de signes avec lesquels on joue, comme dans la Zone de “Sans Soleil” où chaque mémoire pouvait créer sa propre légende.

***

Peu à peu, l’avatar Sergei Murasaki se fait plus rare. Il décline les invitations, dit ne pas vouloir se répéter, préfère laisser la parole aux autres… surtout après sa visite guidée du musée à des étudiants de Harvard où il formula son envie de faire de l’Ouvroir un lieu dépositaire de mémoires. Longtemps on attendra des signes. Il restera discret, même au large de l’archipel, dans ces îlots retirés où les chats se rendent invisibles en accrochant leur sourire dans un arbre.

Les autres visiteurs aussi se font plus rares. L’Ouvroir se transforme en archipel fantôme.

J’apprendrai la disparition de Chris Marker comme tout le monde, sur le Web. Peu m’importe aujourd’hui si l’Ouvroir venait à disparaître. Sergei lui même n’y allait plus et, quand bien même une catwoman l’aurait fait revenir, la chouette avait buggé entretemps.

***

Un matin d’hiver, lisant un livre d’Henri Michaux, je découvre ce poème intitulé “La Jetée” (in “Mes propriétés, L’espace du dedans”, 1930), qui résonne de façon étrange et me donne l’impression d’un réveil embrumé par un songe lointain :

“Depuis un mois que j’habitais Honfleur, je n’avais pas encore vu la mer, car le médecin me faisait garder la chambre.
“Mais hier soir, lassé d’un tel isolement, je construisis, profitant du brouillard, une jetée jusqu’à la mer.
“Puis, tout au bout, laissant pendre mes jambes, je regardai la mer, sous moi, qui respirait profondément.
“Un murmure vint de droite. C’était un homme assis comme moi, les jambes ballantes, et qui regardait la mer. « A présent, dit-il, que je suis vieux, je vais en retirer tout ce que j’y ai mis depuis des années. » Il se mit à tirer en se servant de poulies.
“Et il sortit des richesses en abondance. Il en tirait des capitaines d’autres âges en grand uniforme, des caisses cloutées de toutes sortes de choses précieuses et des femmes habillées richement mais comme elles ne s’habillent plus. Et chaque être ou chaque chose qu’il amenait à la surface, il le regardait attentivement avec grand espoir, puis sans mot dire, tandis que son regard s’éteignait, il poussait ça derrière lui. Nous remplîmes ainsi toute l’estacade. Ce qu’il y avait, je ne m’en souviens pas au juste, car je n’ai pas de mémoire mais visiblement ce n’était pas satisfaisant, quelque chose en tout était perdu, qu’il espérait retrouver et qui s’était fané.
“Alors, il se mit à rejeter tout à la mer.
“Un long ruban ce qui tomba et qui, vous mouillant, vous glaçait.
“Un dernier débris qu’il poussait l’entraîna lui-même.
“Quant à moi, grelottant de fièvre, comment je pus regagner mon lit, je me le demande.”

Lucien Bookmite

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