Chris Marker Notes from the Era of Imperfect Memory

Le Grand Maneki Neko by Catherine Cadou

L

LE GRAND MANEKI KENO
Original source: chrismarker.tumblr.com/post/37716712711/le-grand-maneki-neko [expired]
Reproduced: chrismarker.ch/collaborateurs-producteurs-et-amies.html

For more on Catherine Cadou, see her Centre Pompidou's page. MUBI also has an entry on Cadou, as does Letterboxd and France Culture.

En 1984, quand j’ai rencontré Chris pour la première fois, je ne savais pas qu’il allait me faire un cadeau pour lequel je lui voue une reconnaissance éternelle : il m’a donné la boussole magique du sous-titrage invisible grâce à laquelle j’ai pu naviguer dans les quelques centaines de films japonais que j’ai traduits depuis lors. J’étais interprète et il devait faire la connaissance de Kurosawa Akira car il était pressenti pour réaliser le film sur le tournage de RAN. C’était, à la fois, son désir personnel et celui du producteur français de Ran, Serge Silberman. La rencontre au sommet eut lieu au pied du Mont Aso, dans l’île de Kyushu où, sous un ciel de plomb, Kurosawa tournait les grandes scènes de bataille du film. Les deux génies ont échangé peu de mots mais l’affaire fut conclue en moins d’une heure et, trois mois plus tard, à la fin de l’automne, Chris s’est installé sur les pentes du Mont Fuji avec une équipe réduite et moi, dans les bagages. Kurosawa avait posé ma présence comme condition à ce tournage qui a duré trois semaines. Ce furent trois semaines d’un ballet étrange et merveilleux où ces deux hommes immenses et pourtant furtifs comme des chats ont joué leur jeu dans le plus grand respect l’un de l’autre. Et puis, quand AK fut prêt à être sous-titré, Chris m’a confié la responsabilité de mettre la dernière touche aux sous-titres qu’il avait préparés au cours du montage.

Il m’a donné trois consignes qui restent gravées en moi comme les Tables de la Loi : l’image, l’image, l’image. Pour ne pas la masquer, ne faire que des sous-titres d’une seule ligne. Pour respecter le rythme des dialogues, mettre autant de scansions dans la ligne que dans les paroles prononcées. Et pour rendre la traduction invisible, respecter l’ordre de l’énoncé japonais qui est la base du jeu de l’acteur, en veillant à garder la place des noms de personnes ou de lieux que l’on ne traduit pas. S’ils viennent en début de phrase, toujours s’arranger pour qu’ils soient en début de ligne… Tout ceci semble simple mais, à l’usage, s’est révélé être un défi parfois insensé. Tant pis ! Pour Chris, il fallait faire l’impossible. Et le plus étonnant, c’est que cela devenait possible. Ce fut une telle réussite qu’après AK, on m’a confié le sous-titrage de Ran et j’ai aussitôt enchaîné sur une fabuleuse farandole de films de tous les grands ou petits maîtres du cinéma japonais. Ce que Chris m’a appris, c’est qu’en respectant absolument l’image, on approche au plus près de la place du dialogue qui, par essence, est invisible. Mais, à la différence du son ou de la musique, il peut et doit être traduit car il apporte, à sa manière, une foule d’informations. C’est le paradoxe du sous-titrage fait pour être lu par tous mais vu a minima. Contribuer au film mais s’effacer dans l’image. Orfèvre de l’alchimie du sens et de l’image, Chris fut ainsi un maître incomparable dans cette initiation.

Il aimait les MANEKI NEKO, ces chats aguicheurs et accueillants qui invitent les passants à entrer dans un lieu inconnu. Je suis sûre qu’il s’est réincarné en MANEKI NEKO invisible pour veiller sur nous tous, explorateurs orphelins d’un monde à déchiffrer sans fin.

— Catherine Cadou, créditée « l’Indispensable » dans AK

ak cm typography
AK — Chris Marker — The title suggests both initials and hommage (Akira Kurosawa or ‘To Kurosawa')
English translation

In 1984, when I first met Chris, I had no idea he was going to give me a gift for which I am ever grateful: he gave me the magic compass of invisible captioning, thanks to which I have been able to navigate through the few hundred Japanese films that I have translated since then. I was a performer, and he had to meet Kurosawa Akira because he was approached to direct the film on the set of RAN. It was both his personal desire and that of Ran‘s French producer Serge Silberman. The summit meeting took place at the foot of Mount Aso on Kyushu Island, where, under a blazing sky, Kurosawa was filming the film's major battle scenes. The two geniuses exchanged few words, but the deal was concluded in less than an hour and, three months later, in late fall, Chris settled on the slopes of Mount Fuji with a small team. and me in the luggage. Kurosawa had made my presence a condition for this shooting, which lasted three weeks. It was three weeks of a strange and wonderful ballet in which these two huge men, yet stealthy like cats, played their game with the utmost respect for each other. And then, when AK was ready to be captioned, Chris gave me the responsibility of putting the finishing touches to the captions he had prepared during editing.

He gave me three instructions that remain engraved in me like the Tables of the Law: the image, the image, the image. To not obscure it, only do one-line captions. To respect the dialogues' rhythm, put as many scansions in the line as in the words spoken. And to make the translation invisible, respect the order of the Japanese utterance, which is the basis of the actor's acting, making sure to keep the place of the names of people or places that are not translated. If they come at the beginning of the sentence, always arrange them to be at the beginning of the line… This sounds simple but, in use, has proved to be a sometimes insane challenge. Never mind! For Chris, it was necessary to do the impossible. And the amazing thing is that it became possible. It was such a success that after AK, I was entrusted with the subtitling of Ran, and I immediately followed up on a fabulous maze of films from all the big and small masters of Japanese cinema. What Chris taught me was that with absolute respect for the image, you get as close as possible to the place of dialogue, which, in essence, is invisible. But, unlike sound or music, it can and should be translated because it provides a wealth of information in its own way. This is the paradox of subtitling made to be read by all but seen at a minimum. Contribute to the film but fade in the image. A masterpiece of the alchemy of meaning and image, Chris was thus an incomparable master in this initiation.

He loved the MANEKI NEKO, these seductive and welcoming cats who invite passers-by to enter an unknown place. I am sure he reincarnated as the invisible MANEKI NEKO to watch over us all, orphan explorers of a world to be deciphered without end.

— Catherine Cadou, credited as “The Indispensable” in Chris Marker's AK



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