Chris Marker Notes from the Era of Imperfect Memory

A propos de l’a propos

A

“Monkeys have evolved. The censors? That remains to be seen.”
Chris Marker

“Entia non sunt multiplicanda sine necessitate.”
William of Ockham

A “pièce d’occasion” by Chris Marker entitled A propos du clip «Stress» has appeared on the horizon, or more specifically on the site poptronics.fr, to which Marker’s alter ego Guillaume has been a frequent contributor. It concerns a so-called “clip” by the enigmatic pop group Justice.

Why do we call Justice a pop group, and enigmatic to boot? Well, to our minds their chosen territory is the viral delivery of simulacra – via music video “products” with a sense of graphical finesse approaching that of Kraftwerk – of the whole mesmerizing, gnostic façade-world of Branding. Justice’s own branding is a cross between a black cross and a tomb. It doesn’t get much more iconic than that.

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It seems that Justice’s video “Stress” has caused a fair amount of stress, and even a formal complaint by MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les peuples). Certainly, if you know Marker, he represents in and unto himself a force majeure against racism and for friendship between people(s). But he uses this occasion to take exception to MRAP ascribing authorial intention to the piece,* and to ruminate on genre. Striking the word “clip” with the essay equivalent of a two-handed backhand winner down the line, Marker perceives “Stress” instead as a poem, whose role was once to show “what no one wants to see”:

Mais d’abord, marre de ce terme de « clip » pour désigner n’importe quel très court métrage. Tant de longs métrages aujourd’hui ressemblent à des clips étirés qu’il est permis de saluer un clip qui ressemble à un film. Je risque un autre mot, en m’amusant d’avance de l’incrédulité qu’il va susciter chez certains : un poème. Un poème noir, violent, sans concession, sans alibi, magnifiquement « écrit » (encore faudrait-il qu’on s’intéresse à l’écriture cinématographique, vaste débat) et dans la ligne d’un certain nombre de ces poèmes qui dans toutes les langues, à un moment donné, ont dérangé et troublé, et dont certains en effet ont fini devant les tribunaux.

Montrer ce que personne ne veut voir, c’était en d’autres temps une fonction de la poésie. Cet objet non identifié qui tombe dans un paysage audiovisuel où par ailleurs la violence est partout présente, mais avec assez de roublardise et de complaisance pour être acceptée sans états d’âme, j’aurais tendance à le comparer au parallélépipède que Kubrick dresse, dans « 2001 », près d’un troupeau de singes endormis. Incongru, incompréhensible au point que c’est à force de n’y rien comprendre que s’éveillera l’idée qu’il y a quelque chose à comprendre. Les singes ont évolué. Les censeurs, ça reste à voir.

Into the world of the “sleeping apes” – watchdogs, censors, talking heads employed by media machines to chitchat ceaselessly and aimlessly about whatever has most recently caused a stir within the mass of viral carriers – suddenly comes this enigmatic object. “Incongruous, incomprehensible to the point that it is due to the very fact of understanding nothing that arises the idea that there is something to understand.” Bon mot, and applicable well beyond this particular occasion. Was not La Jetée too a kind of “unidentified object fallen into the audiovisual landscape” whose enigmatic effects are still playing out on us? Luckily, its impression wasn’t counted in “impressions,” hits, views, pay-per-clicks and eye-share. Yet no matter the medium, the poems seem to eventually rise to the top, pushed up geomorphically like the Himalaya by the Indian subcontinent once upon a time.

You can find the entire text of the article here: www.poptronics.fr/A-propos-du-clip-Stress-par-Chris

* Cut to: Wimsatt, Beardsley, Jauss, Iser, Barthes, Bloom, de Man, Derrida, Foucault – the whole damn trans-generational posse of intentional fallacists and authorial pallbearers – nodding thoughtfully in the background.

2 comments

  • J’ai trouvé cette lettre écrite par François Truffaut en 1963 pour soutenir “Le joli Mai” de Chris Marker. Lettre adressée au ministre de l’information, Alain Peyrefitte. Le cinéaste de “Jules et Jim” (et de “Fahrenheit 451”) lui demandait de ne pas censurer ce film. A cette époque, on avait le coup de ciseaux facile. Et certains passages évoquaient le racisme, le colonialisme, la guerre d’Algérie, la répression sanglante de la manifestation à la station de métro Charonne… N’oublions pas que “Les Statues meurent aussi” et “Cuba si” avaient été interdits. Dans cette lettre, François Truffaut évoque l’intelligence des spectateurs aptes à juger un film, considéré ici comme un art (et donc implicitement la suffisance des censeurs à considérer les spectateurs comme des êtres infantiles). Personnellement, sous sa politesse affichée, je ne peux m’empêcher de voir un Truffaut habile lorsqu’il rappelle au ministre ses propres paroles bienveillantes (“C’est la confrontation d’opinions différentes qui peuvent sauvegarder les libertés fondamentales”) et un Truffaut ironique lorsqu’il termine sa lettre sur ces mots à double tranchants : “Nous sommes persuadés, Monsieur le Ministre, que vous pardonnerez la liberté que nous avons prise en vous faisant part avec confiance de notre anxiété”.
    A Alain Peyrefitte,
    Paris, le 25 avril 1963
    Monsieur le Ministre,
    Peut-être cette lettre va-t-elle vous surprendre. Nous aurions, certes, de beaucoup préféré vous demander de nous recevoir, mais, dans l’immédiat, nous choisissons de vous écrire pour vous faire part de notre émotion et de notre espoir.
    On nous dit que vous allez, dans quelques heures, décider du sort d’un film qui nous est très cher et dont la projection nous a tous bouleversés. Le Joli Mai nous est apparu comme un film capital à une époque où, comme vous l’avez dit l’année dernière, “les moyens de pression sur la conscience individuelle sont devenus si nombreux”. Notre ami Chris Marker donne la parole directement à des dizaines d’hommes écartelés, incertains, anxieux, passionnés, mystifiés parfois, avec une loyauté qui nous touche très profondément. Vous avez dit encore : “C’est la pluralité des points de vue, c’est la confrontation d’opinions différentes qui peuvent sauvegarder les libertés fondamentales des citoyens.”
    Vos propos, il est vrai, s’appliquaient à la presse. Nous croyons en un cinéma d’expression personnelle. Et Chris Marker en est, à nos yeux, un des réalisateurs les plus brillants. La liberté, au cinéma, rencontre de grands et rudes obstacles. En dehors des pressions économiques et des intérêts commerciaux, il nous semble essentiel que les différentes familles d’esprit puissent se manifester sur les écrans.
    Nous ne tenons pas le cinéma pour un secteur sous-développé de la culture. Ce qui est juste pour la presse peut l’être, croyons-nous, pour le cinéma. Depuis quelques années, un nouveau public est né. Ses réactions se sont personnalisées. Il juge. Il est devenu adulte. Au moment où vous allez décider de la rencontre de ce film difficile, ambitieux, et de ce nouveau type de spectateur, nous avons voulu vous dire que nous la ressentons comme essentielle et que d’elle dépend toute une partie de l’avenir du cinéma français.
    Nous sommes persuadés, Monsieur le Ministre, que vous pardonnerez la liberté que nous avons prise en vous faisant part avec confiance de notre anxiété : le sort de Joli Mai repose entre vos mains.
    Nous vous prions d’accepter, Monsieur le Ministre, l’expression de notre très haute considération.
    François Truffaut
    (Extrait de Correspondance 1945-1984, Editions Hatier, 1988)
    NB : Alain Peyrefitte, alors ministre de l’information, a décidé d’autoriser la diffusion du “joli Mai”, y compris trois séquences qui avaient soulevé l’opposition de la Commission de censure.

  • Here is a translation of M. Bookmite’s comment and Trauffaut’s letter:

    I found this letter written by François Truffaut in 1963 to support Chris Marker’s Le joli Mai. The letter was sent to the Minister of Information, Alain Peyrefitte. The filmmaker of Jules and Jim (and Fahrenheit 451) asked him not to censor this film. In this time, the censor board’s scissors were very active, and some scenes evoked the racism, the colonialism, the Algerian War, the bloody repression of the demonstration in the subway station Charonne… Let us not forget that “Statues also die” and “Cuba Si” had been banned. In this letter, François Truffaut evokes the intelligence of the spectators who can judge a film for themselves, considered here as an art (and thus implicitly the tendency of the censors to consider the spectators as infantile beings). Personally, behind his politeness, I cannot refrain from seeing a clever Truffaut when he reminds the Minister of his own friendly words (“It’s the confrontation of different opinions which can protect the fundamental liberties”), and an ironic Truffaut when he ends his letter on these two-way words : “We are persuaded, Sir Minister, that you will forgive the freedom which we took in informing you of our anxiety.”

    To Alain Peyrefitte,
    Paris, 25 april 1963

    Sir Minister,

    It may be that this letter will surprise you. We would certainly have greatly preferred to ask you to receive us in person, but, for the moment, we choose to write you to share with you our emotion and our hope.

    We are told that you go, within some hours, to decide on the fate of a film which is very dear to us and whose projection moved us all. Le Joli mai appeared to us as a major film in an era when, as you said last year, “the forces of pressure on the individual conscience have become so numerous.” Our friend Chris Marker gives the floor directly to dozens of cornered, uncertain, anxious, at times mystified people, with a loyalty which touches us profoundly. You also said: “It is the plurality of perspectives, it is the confrontation of different opinions which can protect the fundamental liberties of citizens.”

    Your comments, it is true, applied to the press. We believe in a cinema of personal expression. And Chris Marker is, for us, one of this cinema’s most brilliant directors. Freedom, in the cinema, encounters large and severe obstacles. Aside from economic pressures and commercial interests, it seems to us essential that the various families of mind can manifest themselves on the big screen.

    We do not consider the cinema as an underdeveloped sector of culture. What is right for the press can, we believe, be right for the the cinema. For some years now, a new public has come into being. It reactions have become personalized. It judges. It has became an adult. As you go to decide on the public encounter with this difficult, ambitious film, and on this new type of spectator, we wanted to say to you that we consider this encounter essential, and that upon it depends a whole segment of the future of the French cinema.

    We are persuaded, Sir Minister, that you will forgive the freedom which we took in informing you of our anxiety: the fate of Le Joli mai rests in your hands.

    We emplore you to accept, Sir Minister, the expression of our great respect.

    François Truffaut, Extrait de Corréspondance 1945–1984, Editions Hatier, 1988.

    NB: Alain Peyrefitte, then Minister of Information, decided to authorize the distribution of Le Joli mai, including three sequences that has met with opposition on the part of the Commission of Censorship.

Chris Marker Notes from the Era of Imperfect Memory

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