Notes from the Era of Imperfect Memory
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The Nine Lives of Guillaume-en-Égypte

The French “pop lab” – extension São Paulo – poptronics has published a special “poster-journal” edition devoted to Chris Marker, or more precisely, to his omnipresent feline parallel self, Guillaume-en-Égypte, entitled guillaume-en-égypte au brésil/no brasil (numéro 11, 10/2009).

poptronics n.11Throughout, the issue uses as backgrounds photographs, devolved to duotones, that seem to tease at revealing the working space of a cinephile, librarian, collector, cat lover, scholar, artist – enfin, bricoleur. One spots statues of cats and owls, DVDs, cassettes,  books (Nuit et brouillard, Tarkovsky interviews, Fritz Lang, Tel quel) all piled to the rafters like a wonderful personal museum conspiring to both present and hide decades of accumulation, research, gifts, cultural obsessions. The media are all there, old and new, and at one point Guillaume (the circumstantial origins of whose name is revealed in the answer to question number one) admits that the “new” media, far from being overwhelming, are not moving fast enough for him. Throughout, the irony, the winks and nods of a master migrated into second life bleed through the cartoon fabric, even as this fabric grows rich with exotic dyes and grunge layouts.

This poptronics poster-journal, released around the end of a major Chris Marker exhibition in São Paolo that garnered many tweets of adoring Brazilian fans, consists of an amazing array of cartoon productions featuring Guillaume, the ultimate avatar, presented in a dizzying collage format, along with a fanciful interview, with the following introduction:

Un chat pigiste mégalo. Un chat dessiné à la main et citoyen du Net. Guillaume-en-Egypte, avec ses traits noirorange et ses bulles drôlissimes, n’est pas un chat ordinaire. Plus avant-gardiste que ses cousins Krazy Kat et autres Grinning Cat, ce félin-là nage comme un poisson dans l’eau sur le site poptronics, média français des cultures électroniques, et vole dans Second Life. Pour rendre hommage à cette star du réseau, poptronics a conçu, sur invitation de son pop’commissaire au Brésil Benjamin Seroussi, ce pop’lab exceptionnel : un magazine qui traverse l’océan, de la France au Brésil, tente l’aventure bilingue et la prouesse graphique du deux en un (affichejournal), pour fêter son incroyable vie de fiction. Tête d’affiche côté face, Guillaume lève le voile côté pile sur ses « neuf vies » (pp. 04-17/32’), se laisse conter par Annick Rivoire, fondatrice de poptronics (pp. 20- 21/32’), Etienne Sandrin, du Centre Pompidou (pp. 24- 25/32’), et Agnès de Cayeux, artiste du réseau (pp. 28-29/32’).

Here’s the conversation of the Poptronics crew with the Cat himself:

1. Guillaume-en-Egypte, tu n’as pas grand-chose d’abyssin, alors d’où vient ton nom ?

Bricoleur Chris MarkerChat trouvé, on m’avait donné un nom quelconque. Un jour, Chris teste une caméra empruntée (du genre qui permet les sous-titres « de vacances »). Le possesseur de la caméra a un enfant nommé Guillaume, il vient de l’emmener en égypte, et le sous-titre est resté incrusté. Chris cadre la seule chose intéressante dans la maison – moi – et s’écrie : « C’est ton vrai nom ! » Or C’ÉTAIT mon vrai nom. (cf. le poème bien connu de T.S. Eliot : « Tout chat a un nom secret, qu’il est seul à connaître. »)

2. As-tu plusieurs vies comme tous les chats, celle du « vrai » chat qui aidait Chris Marker à monter ses films, celle du chat faxeur qui commentait le monde tel qu’il va mal pour son cercle d’amis, celle du chat guide numérique dans le CDrom « Immemory », dans « Chats perchés » ou sur Second Life, celle du commentateur acide sur l’Internet dans « Un regard moderne » et aujourd’hui sur poptronics ?

Ça n’en fait que cinq, Il m’en reste quatre mais ce sont mes quatre vies privées.

3. Pourquoi avoir choisi l’Internet comme territoire de chasse ? Et, accessoirement, pourquoi le site poptronics (et pas un grand média généraliste) ?

Pourquoi, il y a plus chic que poptronics ?

4. Un chat pigiste, franchement, qui tu crois que ça peut mystifier ?

Lincoln disait : « Un chat peut mystifier tout le monde quelque temps, quelquesuns tout le temps, pas tout le monde tout le temps. » Il ne me connaissait pas.

5. Techniquement, tu te prends pour qui ? Tes collages font penser à l’esthétique DIY (do it yourself), presque punk (post-Bazooka), en tout cas contemporaine du home studio et des pratiques culturelles sur les réseaux (les vidéos de partage sur Youtube, les photomontages potaches, etc.). Le mélange que tu concoctes de dessins, bulles de bandes dessinées et repiquage d’images d’actualité est volontairement réalisé « à l’économie ». C’est pour maintenir ton indépendance ou par souci d’efficacité ?

Simplement pour aller plus vite. Mes neuf vies sont très remplies, vous savez.

6. Te sens-tu appartenir à une famille, celle qui aurait comme ancêtre le Grinning Cat de Lewis Caroll, comme oncle d’Amérique Felix the Cat, comme cousin oriental « le Chat du rabbin », et comme petit dernier un peu hors-la-loi M. Chat ?

Et Krazy Kat, notre grandmère à tous ? Bien sûr que nous sommes tous cousins. Même si je n’ai pas beaucoup le sens de la famille.

7. Le papier, le journal, les médias, ce sont des univers du passé pour toi ? Tu avais occupé le quotidien « Libération » en 2004 mais d’une présence silencieuse. Et voilà que dans ce pop’lab tout à ta gloire, tu donnes de ta personne. Pourquoi ?

D’abord, je n’ai rien demandé. On m’honore, j’accepte, avec ma modestie naturelle. Mais d’ici peu, le papier sera le support le plus tendance, comme le vinyle et le mariage.

8. Comment expliques-tu que tu sois aussi à l’aise avec les nouvelles technologies ?

Frankly my deah, je ne me pose pas la question. Et puis nouvelles, nouvelles. . . Je trouve plutôt qu’elles ne vont pas assez vite pour moi.

9. Et d’ailleurs, pourquoi l’Internet est-il à ce point un repaire de chats (au point d’inventer la Journée sans chat sur l’Internet, le 9-9-9) ?

Internet reflète le monde, et il y a au monde deux choses inépuisables, et seulement deux : la musique et les chats. Vous ne supporteriez pas tous les jours vos films préférés, vos livres préférés, même pas vos amis préférés. Il faut des pauses. Mais l’émerveillement devant le chat, connu ou inconnu, et devant la musique, connue ou inconnue, ne connaît pas la pause, ni l’usure.

Bien sûr il y a des chats idiots, comme Garfield, et de la mauvaise musique, comme J.-M. Jarre – mais ceux-là s’excluent eux-mêmes de leur catégorie : ce sont des simulacres.

Chris, à qui il arrive de dire des choses sensées, parlait l’autre jour avec la correspondante d’un magazine américain. L’ingénue lui demandait : « Pourquoi cette préférence pour les chats ? Ce pourrait être un autre animal, le chien par exemple. . . » Réponse : « En somme, je fais un film sur une femme et vous me dites : pourquoi pas une vache ? »

10. Pourquoi venir faire un tour au Brésil, c’est la présence de Lula qui te motive ? Toi aussi, tu veux relancer l’amitié franco-brésilienne ?

Moi je n’ai rien à relancer. Ma relation avec le Brésil est ancienne, et multiple. Voilà deux exemples : Grâce à Chris, mon enfance a été bercée par la musique brésilienne. Je connais Chico Buarque par coeur. J’ai quelque part une photo dédicacée de Gilberto Gil. J’ai présenté, dans des ciné-clubs pour chats, « Os Fuzis » et « Antonio Das Mortes ». D’où l’hommage à Glauber ci-dessus. Mes amis brésiliens y ont vu une intention malicieuse : à Cannes, « Antonio Das Mortes » était en compétition avec « les Parapluies de Cherbourg ». Lien évident – sauf que moi, je l’avais complètement oublié.

11. Quelle relation entretiens-tu avec celui qui t’a mis sous la lumière, en photo puis en dessin ? Lequel des deux fait la leçon et indique la voie ? Qui de toi ou de lui est le plus aventureux des deux ?

C’est moi, bien sûr, mais je ne le dis pas trop. Il y a suffisamment de gens qui racontent leur vie à la télé. Disons que pour un humain, il est acceptable. On se complète. J’ai les idées, lui un peu de technique, on est comme Socrate et Platon. Cherchez qui est Socrate.

12. Tu te présentais il y a quelques années comme le « chat et l’assistant de Chris ». Est-ce que tu n’aurais pas un peu inversé les rôles, du fait d’une mégalomanie galopante ?

À votre avis, qui est la star ? le monstre ou le docteur Frankenstein ?

13. Tes pérégrinations dans Second Life ne t’auraient-elles pas un peu tourné la tête ?

On a facilement la tête qui tourne dans SL, mais je crois que c’est fait pour ça. Einstein : « La réalité aussi est une illusion, mais du genre qui dure. » Donc dès que ça dure un peu, on se demande de quel côté du miroir on est. Les gens que j’y rencontre sont un peu cinglés. à tous je dis : lisez « l’Invention de Morel » de Bioy Casares, et vous comprendrez où vous êtes. Certains l’ont fait, et m’ont remercié.

14. Qu’est-ce que tu aimes dans cet univers parallèle ?

Le monde de Bioy : un monde de fantômes, ces gens dont on ne sait rien, dont l’apparence est forcément un mensonge, mais où justement il est si facile de mentir que certaines âmes perverses, j’en suis sûr, éprouvent un malin plaisir à dire la vérité, juste pour ne pas être crues.

Maintenant, j’ai mon île dans SL. J’y donne des rendez-vous à des gens qui viennent de tous les coins du monde. Et c’est un fait qu’on y accomplit quelque chose d’absolument nouveau dans l’histoire de la communication. Ce n’est pas tout à fait la réalité, et pourtant. . . Le téléphone, les e-mails, même une vidéoconférence n’abolissent pas la distance, ils soulignent plutôt notre effort pour la surmonter. Dans SL, elle est abolie. On est là et on n’est pas là dans le même moment, comme mon autre cousin, le chat de Schrödinger. Jamais personne n’avait éprouvé ça.

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8 comments

1 jahmorinz { 11.25.09 at 17:41 }

Is there any web to grab the paper copy ?

2 blindlibrarian { 11.26.09 at 22:09 }

http://www.poptronics.fr/IMG/pdf_Poplab_end_pop.pdf
This is the location of the original pdf document. Hope that helps!

3 Fantomas { 11.27.09 at 02:49 }

Ainsi le nom de Guillaume-en-Egypte serait le fruit du hasard ? Un petit coup de dés comme la vie sait si bien en jouer ? Nous qui spéculions sur Apollinaire et ses dromadaires devons accepter une fois de plus en apprenant l’origine imprévue de ce nom qui sonne si bien à nos oreilles que non seulement l’accident est bien “un portail sur la découverte” (Joyce) mais aussi que la rencontre fortuite entre une image et un texte, même nichée dans la réalité la plus triviale, peut se transformer en collage poétique (ça, les surréalistes l’avaient bien compris). Oui, poétique, exactement, nous n’avons pas trouvé d’autres mots. Et Monsieur Guillaume a beau dire qu’il s’appelait ainsi de toutes façons, nous autres bipèdes ne nous ferons plus avoir par nos références culturelles.

4 blindlibrarian { 11.27.09 at 18:34 }

Well said indeed. And a throw of the dice will not abolish the new secret names of cats, once their once-secret names have become public ones… My mind turns to the inscriptions of the camera that are at the time of capture subliminal and meet later with the patient gaze of the traveler-turned-editor, to tease out the latent connections. Is this not the new era of the emblem that Marker leads us into. Poetic, yes, but also somehow devotional. The devotion of the artisan, that is, for the subtle textures, spices, flavors and combinations of the thousand and one things. As for the camels, I am still saying my little cat incense invocations for its appearance on dvd one day in the not too distant future.

5 Ягодицы { 12.13.09 at 02:02 }
6 Guillaume-en-Egypte se retire : « Farewell to Chris Marker » ? « PressAgrume { 01.04.10 at 12:44 }

[...] “The nine lives of Guillaume-en-Egypte“, sur [...]

7 Christophe Payet { 01.04.10 at 14:53 }

Guillaume-en-Egypte stop his collaboration with Poptronics. We hope that Chris Marker will be back.
Read about it : http://bit.ly/862v6G

8 Franglophone Studies » Blog Archive { 04.24.11 at 11:33 }

[...] answers interview questions here, where the following paragraph description is also [...]

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